Nous, les gens qui vivons le vrai mouvement
Ecrit par Camille le 13/01/2019
Nous voilà au terme de ce neuvième samedi de mobilisation et le bilan reste le même. On peut parler d'un léger effort de la part des médias, en effet, on passe un peu moins pour des terroristes et certaines violences policières ont été abordées. Je ne suis pas la mieux placée pour parler de ça car je regarde très peu la télé, mais en voyant sur les réseaux que des gens étaient surpris de voir que BFM abordait à priori les mobilisations sous un autre angle, je suis allée voir. Admettons qu'il y ait un peu de "mieux" dans leur discourt, il reste qu'on continue de nous prendre pour des imbéciles en sous estimant largement le nombre de manifestants et en se réjouissant qu'hier a été moins violent que les précédents samedis. Les autres samedis n'ont pas été violents du fait des manifestants mais plutôt d'un brin de casseurs, qui, même si je ne tolère pas que l'on dégrade des biens matériels, ont malgré tout le culot d'oser certaines choses, et soyons honnêtes, pour notre plus grand bonheur. Car oui une poubelle qui brûle, au final c'est ridicule et qui plus est ça pollue, mais ça fait tourner les forces de l'ordre en bourrique et ça nous amuse. En revanche, s'attaquer à des biens personnels tels que des voitures ou des portails, je n'admets absolument pas, mais encore une fois, dans ce mouvement libre qui rassemble toutes les générations et (presque) tous les milieux sociaux, on ne peut se diviser entre nous et faire la police dans nos lignes.
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Nous voilà au terme de ce neuvième samedi de mobilisation et le bilan reste le même. On peut parler d'un léger effort de la part des médias, en effet, on passe un peu moins pour des terroristes et certaines violences policières ont été abordées. Je ne suis pas la mieux placée pour parler de ça car je regarde très peu la télé, mais en voyant sur les réseaux que des gens étaient surpris de voir que BFM abordait à priori les mobilisations sous un autre angle, je suis allée voir. Admettons qu'il y ait un peu de "mieux" dans leur discourt, il reste qu'on continue de nous prendre pour des imbéciles en sous estimant largement le nombre de manifestants et en se réjouissant qu'hier a été moins violent que les précédents samedis. Les autres samedis n'ont pas été violents du fait des manifestants mais plutôt d'un brin de casseurs, qui, même si je ne tolère pas que l'on dégrade des biens matériels, ont malgré tout le culot d'oser certaines choses, et soyons honnêtes, pour notre plus grand bonheur. Car oui une poubelle qui brûle, au final c'est ridicule et qui plus est ça pollue, mais ça fait tourner les forces de l'ordre en bourrique et ça nous amuse. En revanche, s'attaquer à des biens personnels tels que des voitures ou des portails, je n'admets absolument pas, mais encore une fois, dans ce mouvement libre qui rassemble toutes les générations et (presque) tous les milieux sociaux, on ne peut se diviser entre nous et faire la police dans nos lignes.
Mais bref, au terme de ces neuf semaines, de nombreux bilans ont été dressés, sur les blessés, les morts, la casse, les violences, les chiffres... Jamais personne n'est d'accord et pour cause, nous sommes tous manipulés par les médias et même au sein de nos propres réseaux. Donc contentons nous d'ouvrir nos yeux et d'écouter nos amis, nos proches, qui eux sont des sources sûres. En revanche, si les médias parlent d'un samedi plus calme en terme de violences, moi je ne suis pas d'accord. Nos messages, photos et vidéos sont tous noyés dans les publications de chacun et nous ne pouvons bien sûr pas tout voir. Les manifestants n'ont jamais été responsables d'autant de violences que les forces de l'ordre. J'ai, pour ma part, vu deux scènes très choquantes ce week end, certes sur des bribes de vidéos, mais les faits étaient bien là. Un homme, à Bordeaux, traqué dans la rue, attaqué par un lancé de grenade suivi d'un tir de flash ball. Qu'avait-il fait avant? Je ne sais pas, et visiblement personne ne le sait, mais toujours est il qu'au moment de l'attaque, cet homme courrait, sans arme, dos aux forces de l'ordre et qu'il a été visé en pleine tête par une arme qui, on le sait maintenant, peut être mortelle. Si cet homme avait été un élément particulièrement dangereux, nous ne le reverrions pas quelques instants plus tard, entourés d'autres civils et personnel médical en train de se faire soigner, sans aucun membre des forces de l'ordre prêt à l'arrêter. Il aurait été embarqué directement, et ce peu importe son état de santé. La deuxième scène qui m'a choquée, à Paris cette fois ci, si je ne me trompe pas, où les canons à eau sont ouverts et où un homme est à terre, visiblement incapable de bouger. Des gens viennent à son secours et l'eau repart de plus belle sur eux tous, alors qu'ils tentent d'aider quelqu'un qui est blessé. Quoi que l'on dise, ce genre de scènes me fait vraiment penser à une sale période de notre histoire et de notre pays où les gens armés, bien qu'en minorité, font la loi sur une majorité de gens désarmés, et quoi qu'on en dise, non violents.
Je n'appelle pas "être violents" quand on casse des fenêtres ou qu'on détruise des biens matériels si on compare aux violences physiques subies par de nombreux manifestants. Alors est-ce qu'on est violent parce qu'un homme a frappé des CRS, à mains nues? Peut-être. Mais cet homme, Christophe, s'est défendu d'une attaque, qu'il n'avait certes pas subie directement comme on peut le voir sur les vidéos, mais d'une attaque contre ses amis, sa femme, contre le peuple, une attaque qui dure depuis deux mois. Je ne prône pas la violence physique, mais je peux comprendre qu'un homme ou une femme, à bout de nerfs, qu'on a frappé, a qui on a menti, qui a été trahi(e) puisse perdre son sang froid et en venir aux mains. Cela mérite t'il des années de prison quand en face des hommes ont blessé des dizaines de gens de manière volontaire, les rendant pour certains handicapés à vie? Avez vous vu cette vidéo de deux CRS, en marge de leur groupe, tentant de faire fonctionner leur nouvelle arme, 6 coups, avant de tirer dans la foule? Cela veut dire que non seulement ils ne sont pas formés à l'utilisation de cette arme mais qu'en plus ils n'ont aucune idée des dégâts qu'elle peut créer.
Je vois de nombreux commentaires sur les "gitans", les appelant à rejoindre le mouvement. Pensez vous qu'il n'y a aucun gitan dans les cortèges depuis deux mois? A l'inverse, pensez vous qu'ils vont aller au casse pipe pour vous? Vous savez, ces gens que vous appelez les manouches, les voleurs de poules, les bouffeurs de hérissons... Vous osez maintenant leur demander de l'aide quand systématiquement vous les méprisiez avant? Vous voulez qu'ils viennent en première ligne casser du flic à votre place? Comme pour ceux que vous appelez "les jeunes des cités", vous pensez que forcément un jeune vivant en cité est violent et saura mieux que vous se défendre, voire même attaquer? N'oubliez pas que se sont ces gens que vous appelez d'ordinaires les négros, les bougnoules, les crouilles, les gris, n'oubliez pas que vous ne voulez pas que vos enfants ne soient pas dans la même école qu'eux. Je comprends que certaines communautés ne veulent pas venir dans les manifestations, ils seraient probablement les premiers visés par les attaque, donc je ne leur en veux, pas, je les respecte au contraire. Chacun est libre de faire ce qu'il veut dans ce mouvement, le suivre ou non. J'ai très peu de gens de mon entourage dans les manifestations et je ne les blâme pas.
A Dijon, je ne pourrais pas dire s'il y avait des gitans, car étrangement, cela n'est pas marqué sur leur front et je n'ai pas de détecteur de gitans. Je peux dire qu'il y avait des maghrébins, des noirs, des blancs, des portugais, mais surtout des hommes, des femmes, même quelques enfants, des profs, des retraités, des ouvriers, des chômeurs, des caissières, des secrétaires, des étudiants... Il y avait des gens, en nombre, et c'est tout ce qui compte. Je sais que je fais des généralités, je sais que tout le monde ne pense ni comme moi à 100% ni à l'inverse de moi à 100%, je réagis en fonction de ce que je vois, de ce que j'entends, et s'il y a bien des gens qui peuvent témoigner, ce sont nous, les gens qui vivons le vrai mouvement et qui suivons les mêmes pages, les mêmes groupes, les mêmes gens.
Je ne vais pas raconter la journée d'hier à Dijon, car les samedis se suivent et se ressemblent, à Dijon ou ailleurs. Le schéma est souvent le même : rendez vous à un point précis, marche, sifflets, chants, rassemblement et dispersion. Ce que je peux juste dire c'est qu'à Dijon, même si je n'ai pas fait tous les rassemblements, nous n'avions jamais été si nombreux, -ma famille y est tous les week end et ils savent compter les manifestants- et si en colère. Les gens étaient vraiment remontés et j'ai pensé qu'il y aurait des affrontements, nous avons été plusieurs à le penser. L'ambiance était tendue par moment car les gens sont fatigués, ils en ont marre. Notre groupe a été, comme d'habitude divisé par les gazs, à peine arrivé à la place de la république, mais nous avons réussi à rester soudés longtemps avant de ne vraiment plus pouvoir continuer. Et je nous félicite de ça, j'ai senti une force monter en nous. Quelle est la suite? Aucune idée. Le but n'étant pas de tout casser et surtout de ne pas avoir recours à la force contre les CRS. Le but n'est pas de se faire blesser ou de finir en garde à vue.
Le but est de se faire entendre et je pense que notre mouvement ne suffit plus. Non il ne s'essouffle pas, loin de là, mais nous ne pourrons rien gagner en marchant dans les rues sous la pluie tous les samedis. C'est bien, c'est un très bon début, mais nous en sommes à neuf semaines et ça ne suffit plus. Peut-être que oui nous fatiguons éventuellement les forces de l'ordre et ils en ont marre, mais soyons honnêtes, nous nous fatiguons aussi, physiquement j'entends, car nous travaillons toute la semaine et tous les samedis nous marchons dans le froid et sous la pluie. Et même si certains CRS ou flics disent qu'ils sont fatigués, ils restent armés et protégés, félicités et augmentés, donc ils ne lâcheront pas. Et quand bien même, si nous passons des barrages même en ayant recours à la violence, quelle sera la suite? Tenir une mairie ou une préfecture quelques heures et après?
Il est grand temps de frapper plus fort. Nous devons arrêter d'attendre après telle ou telle communauté, tel ou tel corps de métier, telle ou telle arme ou barricade... Il faut maintenant bloquer le pays. Nous sommes nombreux à être syndiqués, à avoir payé pour ça et pour quel retour? J'ai la haine ce jour contre les syndicats qui n'ont pas levé le petit doigt depuis le début du mouvement. Mais et alors? Doit-on attendre après eux? Ne peut-on pas faire des choses par nous même? Ce mouvement est libre depuis le début, il n'est dirigé par personne, même si quelques noms comme Drouet sont connus, donc nous n'avons pas besoin de nos syndicats pour se mettre en grève! Elle est là la solution, la GREVE. Bloquer le pays, l'économie. Certes se mettre en grève nous fait perdre de l'argent, et alors? Cela s'appelle un investissement, de la perte pour un gain futur. Nous avons de nombreuses revendications mais rien ne bouge, au contraire, nous sommes de plus en plus méprisés. Dois-je rappeler les derniers mots de Macron sur le sens de l'effort ou sur les mères des familles nombreuses? Nous ne devons plus nous faire marcher sur les pieds et nous faire traiter ainsi. Nous sommes tous français à l'heure actuelle et ce peu importe nos origines, notre milieu social, nos croyances... Nous luttons pour les mêmes raisons et nous ne pourrons rien gagner si nous continuons ainsi. Le sujet de la grève a été de nombreuses fois abordé sur les réseaux, il est grand temps d'agir.
Terminé le mépris d'une poignée d'hommes qui se pensent supérieurs à nous. N'oubliez pas, vous tous dans ce mouvement que c'est grâce à vous que ces gens là vivent si bien. Certes nous les côtoyons pas de près, mais ce sont grâce à nous qu'ils mangent, qu'ils dorment dans des bons lits et des draps propres, qu'ils portent des vêtements chauds et qu'ils ont des belles voitures. Car même s'ils vivent dans un monde à des milliards de kilomètres du nôtre, c'est bel et bien nous qui travaillons pour eux. Petit exemple, j'ai travaillé dans l'usine Vuitton, j'étais dans une chaîne ou nous devions sortir 68 sacs à 1200 euros pièces, par jour. Et faites un calcul simple, 1200 euros, c'est plus que le smic. Donc qui s'achète des sacs Vuitton? Certainement pas moi. Donc certes Macron mange mieux que nous, s'habille mieux que nous, dort sûrement mieux que nous, mais tous ces biens matériels il les a grâce à nous. Voilà pourquoi il est urgent de se mettre en grève, pour sortir tous ces gens là de leur petit confort et les mettre face à la réalité.
Bloquons une bonne fois pour toute ce pays et allons à la grève !

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