Comme le raz de marée submerge les plages et les plaines
Comme
le raz de marée submerge les plages et les plaines
Par Major Tom
Chaque jour qui
passe, depuis notre naissance à toutes et à tous, nous sommes
opprimés par la société.
Chaque jour que nous
vivons est un combat.
En effet, pour ceux
qui ne sont pas nés avec de l’argent ou du pouvoir, pour celles et
ceux qui ne sont pas nés dans les meilleures familles, la vie est
une lutte permanente. Et le monde se charge bien de nous le rappeler
: quand tu n’es pas né avec une cuillère en argent dans la bouche
comme on dit, il faut être le meilleur pour s’en sortir :
meilleur à l’école et aux examens ou bien meilleur à l’atelier
et en apprentissage, meilleur au sport, meilleur avec les copains,
avec les copines, puis meilleur au travail, meilleur au lit, meilleur
avec sa famille, meilleur avec la société, meilleur avec soi même.
Mais malgré tout
nos efforts, à toutes et à tous, chaque jour qui passe, les choses
ne changent pas.
Les choses sont
comme dans un jeu, quand quelques un des joueurs démarrent la partie
avec le double ou le triple de la somme initiale des autres : à
moins d’un cas infime que seule la probabilité entend, ils
finissent toujours par gagner et ce sont toujours les mêmes qui
perdent à la fin du compte.
Cependant,
enchaînant les parties les unes après les autres, certains parmi
les plus malchanceux se mirent à regarder autour d’eux, ils se
mirent même à penser, à réfléchir, à analyser la situation et
quand enfin la supercherie fut démasquée, quand les tricheurs
furent dévoilés au grand jour et que les autres en eurent assez
d’être roulés dans la farine, le plateau de jeu manqua d’être
renversé car ceux qui avaient vu se sont levés brusquement pour
protester, leur colère était en effet monté d’un coup. Ils
mirent alors à dire, dressant un constat si vrai : « Depuis tout
ce temps nous, la majorité, jouons honnêtement, suivons les règles,
acceptons les contraintes et faisons de notre mieux, générations
après générations, partie après partie, pour faire le plus beau
jeu, pour faire un jeu honnête qui donne envie aux générations à
venir de jouer aussi, tandis qu’une minorité truande à notre
insu, à nos dépend à tous et à son avantage exclusif. Et depuis
tout ce temps la tromperie repose de plus exclusivement sur notre
culpabilisation. En effet,
se dirent ils encore,
combien de fois nous a t’on dit que si le jeu allait mal ce n’était
pas parce que certains le faussaient en gardant tout pour eux dès le
début mais bien parce que nous ne jouions pas assez bien, nous ne
mettions pas assez de volonté, nous la majorité laborieuse. Alors
combien de fois, pour nous faire pardonner, avons nous travaillé,
toujours plus car « ils » avaient dit : « tout ira mieux
ainsi, vous verrez » ? »
Mais trop d’efforts
ont déjà été faits, depuis trop longtemps, et ces mots déjà
trop entendus, répétés encore et encore, relayés par tous les
moyens, cette culpabilisation enrobée de pédagogie et de démagogie,
cette hypocrisie, ne peuvent plus l’être une fois de plus.
Mais quand certains
sont sur le point de saisir la table toute entière pour la renverser
sur les pieds des tricheurs ces derniers sortent des pistolets et
tirent dans le tas. Les morts et les blessés s’accumulent à
mesure que les voix rebelles s’élèvent, toujours plus nombreuses.
La minorité tricheuse est petit à petit encerclée comme l’île
au milieu de l’océan. Elle tire et tire toujours plus, comme on
construit des petites digues sur une plage pour lutter vainement
contre les vagues incessantes, elle tire oui. Et les autres, si
nombreux, tellement plus puissants pourtant, n’avancent pas
véritablement, ils tentent, ils tâtonnent mais ne sautent pas alors
que de leurs simple corps ils pourraient submerger le petit îlot de
sable ridicule qui se dresse devant eux, comme le raz de marée
submerge les plages et les plaines qui se dressent devant lui.
Pourquoi ?
Jusqu’à quand ?
Tout le monde sait
la place qu’il tient dans cette bête histoire ainsi, tout le monde
connaît son rôle.
Il n’existe au
fond que deux camps, ceux qui trichent et exploitent et ceux qui
jouent honnêtement et sont exploités.
Ne nous divisons
pas, toutes les différences, quelles quelles soient, sont abolies
par la simple égalité de notre sort initial : l’injustice de
notre situation de départ.
Le but n’est pas
de renverser le jeu pour renverser le jeu, le but est de renverser le
jeu pour recommencer une partie où les règles seront les mêmes
pour toutes et tous : justes, équitables et loyales, afin de
permettre la concorde, la liberté et l’égalité véritable.
Les gilets jaunes se
reconnaîtront dans cette histoire.
Photo de Camille prise à Dijon le 29/12/2018

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