Compte rendu de la journée de mobilisation du 5 février à Dijon, entre espoir brisé et frustration.


Texte écrit par Major Tom le 5 février 2019

----------


Compte rendu de la journée de mobilisation du 5 février à Dijon, entre espoir brisé et frustration.



7H30 début de la journée. Le point de rendez-vous avait été fixé la veille devant le lycée Hyppollite Fontaine afin de le bloquer car une belle mobilisation des jeunes est toujours un bon moyen d’animer et de massifier une manifestation et parce qu’il ne faut surtout pas laisser les générations futures en dehors des mouvements politiques et sociaux ; c’est eux qu’il faut conscientiser et mobiliser car c’est eux qui mèneront les luttes de demain si nous ne gagnons pas aujourd’hui.

Tout les camarades arrivent donc à l’heure. Le groupe se sépare alors en deux, d’un côté ceux qui tractent pour rameuter du monde et commencer à faire corps devant les grilles et de l’autre ceux qui, aidés par des élèves déjà au courant, se mettent à amasser du mobiliers urbain en tout genre pour barricader l’accès à l’entrée. Rapidement des dizaines de poubelles et de panneaux s’entassent mais un petit accès est maintenu par toute l’équipe pédagogique du lycée ce qui permet à la grande majorité des élèves de rentrer bien sagement, même après avoir reçus le tract qui les invitait à sortir de leur torpeur de « bon petits » bien disciplinés. Hélas éveiller la masse des futures travailleurs avant 8h du matin n’est pas une chose aisée surtout par moins 2 degrés dehors.

Une centaine d’étudiant reste tout de même avec nous, des petits groupes se créent et commencent à discuter entre eux tandis que de belles banderoles et pancartes fleurissent sur la barricade ; chacun peut ainsi lire en lettres rouges «  prolétaire du monde entier, unissez vous, contre le capital, grève générale ! »

9H, il fait froid, il faut s’occuper, un feu dans 2 poubelles est lancé. Ça prend vite et bien, si bien qu’à 9h15 deux voitures de flics arrivent, se posent autour nous et appellent les pompiers. Ceux ci débarquent aussitôt et prennent soins d’éteindre les flammes mais aussi de bien tremper toutes les autres poubelles à coté afin d’éviter tout nouveau départ d’incendie « criminel ». (notons que les poubelles enflammées avaient été mises a l’écart par les lycéens pour éviter tout risque de propagation.)

Les cœurs se refroidissent alors et petit à petit le blocus s’étiole au fil des sonneries qui retentissent pour regagner les salles de cours. Il ne reste plus que nous, transis de froid nous repartons, remplacé par le bruit des ouvriers municipaux qui s’affairent pour tout nettoyer et ainsi faire place nette, comme si rien ne s’était passé.

10H, résultat des courses France3 a fait de belles photos de cette scène de saccage et nous, nous espérons que les tracts en auront motivé certain à venir au rdv syndical de l’aprem.

Entre temps nous avons eu vent d’une action à la fac, nous y allons. Loin de trouver un blocage massif du campus nous débarquons dans le hall principal et tombons sur les 10 anars bien connus de tous qui tentent tant bien que mal de tenir leur stand face aux vigiles de l’université qui arrachent les deux banderoles qu’ils avaient accrochées. Fort dommage que là encore les étudiants soient si peu éveillés intellectuellement car ces camarades qui s’étaient eux aussi bien bougés pourtant, avec toute la bonne volonté du militant déterminé, proposaient des lectures de leur propres productions d’une grande qualité, notamment sur l’état lamentable du système éducatif français et surtout sur l’état pitoyable justement de la conscience intellectuelle de la masse, celle des étudiants en particulier que le système scolaire, premier responsable de la situation, fait tout bien sûr pour ne jamais stimuler.
Bref, nous restons jusqu’à midi, nous tractons, discutons, tentons de faire passer le message pour la manif de l’aprem, nous marquons une présence ; en soit c’est déjà ça, mais 90 % des gens sont bien plus préoccupés par leur sandwich de 11h que par de la lecture politique il faut le préciser et l’admettre.

14h30, nous arrivons avec les copain place Wilson, on revêt le gilet, on sort les drapeaux rouges car bien sûr le jaune ne saurait remplacer la plus belle des couleurs.

Les gens convergent, petit à petit, en gilet jaune, rouge, rose ou vert, toutes et tous s’unissent sur la place, muent par la même idée : l’union fait la force, ensemble nous gagnerons et porterons nos revendications communes à leur réalisation.

15H, le cortège se met en route, la sonno de la CGT en tête. Le soleil est là, le train train syndicale s’impose : loin des cadences soutenues des manif GJ on se met au rythme de la banderole, tous à l’unisson, opération escargot.
Le cortège est dense et assez massif, d’aucuns dirons 2000, moi je table d’avantage sur plus de 3000 ce qui est une belle réussite, c’est indéniable. De plus, pas mal de jeunes étaient finalement venus, entre fac et lycée peut être une bonne 300taine. Ces dernier, un peu blasés par la lenteur des aînés, décident de prendre la tête du cortège et la CGT se retrouve alors à marcher derrière un drapeau CNT et une banderole qui scande fièrement « la répression n’a pas de limites, ni de frontières : tous unis dans le monde entier ».

15h30 arrivé place de la République, ça fait 20min qu’on marche, la CGT veux continuer jusqu’à la CCI, des GJ veulent quant à eux déjà scissionner. Pour le moment nous, nous prônons l’union et faisons des pieds et des mains pour ne pas diviser le cortège. Nous y parvenons, nous repartons, tous ensemble.

15H50, nous arrivons devant la CCI, c’est déjà la fin de la manif. 50Min de marche et c’est terminé, merci merci. Trois discours sont lus, l’un part la responsable Cgt qui appelle à l’union entre GJ et syndicats et qui dresse un tableau de la situation de merde dans laquelle nous sommes tant sur le plans économique que politique ; un autre par le délégué de solidaire qui pointe à juste titre que le mouvement GJ est super et a bien cerné les soucis politiques du pays mais qu’il ne fallait pas oublier d’orienter la lutte contre le grand patronat qui reste l’ennemi premier du peuple car le gouvernement au fond ne fait que bosser pour lui, on le sait bien ; et un troisième fait par quelques GJ qui lui aussi appelait à la lutte coordonnés des syndicat et des gilets qui, au fond, se battent pour les mêmes choses. Des applaudissements pour chacun.

L’idée de poursuivre le dialogue à la bourse du travail émerge alors dans le cortège qui de se fait se remet en route bonnant-mallant. On y croit, ça y est, enfin une AG massive à Dijon, dans une vraie salle, youpi !
Que nenni ! 16H15 c’est en fait le début d’une belle suite de merdes en tout genre.

Déjà, la distance entre la CCI et la bourse du travail, lieu de l’AG éventuelle, est bien trop grande. De ce fait la majorité du cortège s’étiole sur le chemin. Deuxièmement, en route nous passons devant la pref, là bien sur les plus chauds veulent y aller. Pourquoi pas, après tout il y a moins de flics que d’habitude (lors des Actes du samedi), c’est peut être l’occasion de la prendre enfin mais c’est faire le choix de ruiner toute les chances de l’ag… le cortège se divise à nouveau : ceux qui partent tout à fait, ceux qui vont à la pref et ceux qui vont à la bourse du travail, nous faisons partie de ce groupe (la pref était défendue tout de même par trois fourgons et personne dans le groupe qui voulait y aller n’était équipé pur un affrontement.)

La route est longue, arrivés à destination on est plus que 20, le moral en prend un sacré coup : constater qu’on a marché 50 min comme des idiots derrière la banderole cgt, qu’on a refait tout le chemin inverse dans l’espoir de construire quelque chose et qu’en fin de compte on est à peine pour remplir une salle nous démoralise un peu. Mais bon, on reste déterminés et on s’approche de l’entrée. Mais là, nos peines ne font en réalité que commencer. Le SO de la cgt, des redskin somme toute très sympa, nous disent clairement « vous rentrez pas ». La secrétaire sort et demande ce qui se passe ; celle qui avait fait le discours tout à l’heure appelant à l’union nous dit à présent que oui l’union est possible mais pas aujourd’hui car c’était pas prévu comme ça. Vous comprenez il y a un agenda et l’AG est en fait prévue samedi matin à 10h30 alors allez du balais. Elle nous pousse avec son SO et nous ferme clairement la porte au nez. Des GJ s’emballent, les insultes pleuvent et c’est bien normal, quelle honte de refuser un dialogue social de la sorte : la maison du peuple appartient au peuple, pas au syndicat. Même des militant CGT disent entre eux que c’est du grand n’importe quoi, depuis quand le mouvement social dépend d’un agenda ?! Il n’y a bien que les partenaires sociaux pour penser comme ça.

Nous sommes dépités, énervés. Heureusement le reste des GJ qui avaient voulu aller à la pref est en fait revenus vers nous, nous sommes alors je dirais 200. On bloque la rue, et on se met a gueuler « ouvrez les portes ». La pression est telle que la secrétaire ressort, prend le micro et se justifie ; elle y met un peu de pathos et arrive a plutôt bien s’en sortir. Les gens se calment et le responsable de Solidaire invite ceux qui le veulent à se décaler de trente mètres en direction de leurs locaux à la maison des syndicat pour quand même la tenir cette foutue AG. Pas mal de gens se sont entre temps éclipsés, car bon il faut bien le dire, poiroter sans savoir se qu’on fait dans le froid c’est jamais très sympa. Quelque personnes suivent donc le gars de Solidaire et je dirais 60 d’entre eux rentrent dans les locaux. Rappelons qu’il y a moins d‘une heure le cortège était constitué de 3000 personne au moins. Merci la CGT qui a clairement bien tout fait pour que rien ne se passe aujourd’hui : certes l’union des syndicat et des GJ est nécessaire mais à Dijon, clairement, dans l’esprit de beaucoup de personnes à la fin de cette journée la division était au contraire à l’ordre du jour. Tout le taf fait dans le sens de la coordination a été réduit a néant en une aprem, du moins pour une partie de celles et ceux qui étaient présents donc en soi peut être pas trop de monde, bref.

c’est maintenant que ça devient intéressant et qu’on rentre dans le dur.

Parmi les 60 personnes qui restaient , il faut le dire, il n’y avait pas vraiment la fine fleur du militantisme de gauche mais après tout c’est pas grave, il faut faire avec tout le monde et puis c’est quand même bien un peu de bruit et de raffut dans des locaux trop propres. Sauf qu’un petit malin a eu la bonne idée de briser une vitre et de se barrer fissa ensuite. Et nous, du coup, à peine nous sommes nous assis pour commencer à discuter que nous sommes interrompus par une femme qui entre et hurle : « en bas il y a les flic on est tous coincés ils commencent à rentrer ». En effet madame n’avait pas menti : deux camions de CRS étaient en bas. Ainsi 20 robocops, armes à la main, visières rabattues, étaient prêt à charger et envahir les locaux pour se défouler à l’intérieur car clairement n’ayant eu aucun heurt dans l’aprem ils ne devaient pas avoir eu leur dose de violence quotidienne…

Vent de panique général, certains cherchent à fuir par les toits, d’autres se cachent un peu partout. Nous nous restons lucides et nous disons : attendez, on ne fait rien de mal, on n’est pas rentrés ici par effraction, on a été invités par un responsable Solidaire qui est d’ailleurs à coté de nous là… Donc, les flic ne peuvent strictement rien faire. Et en soit c’est vrai, ils n’avaient rien le droit de faire, mais ils ne l’entendaient dans les fait pas vraiment comme ça.

30min, c’est le temps qu’il a fallut au responsable de Solidaire pour faire partir ces messieurs après que ceux ci aient bien pris le temps de faire inspecter les locaux par 3 des leurs, armes à la main toujours et que les autres aient bien pris le temps de faire peur à tout le monde si bien que tout le monde s’est barré petit à petit et que le responsable de Solidaire s’est, et c’est normal, bien refroidi.
Il n’y a donc finalement pas eu d’AG.

Beau bilan, très constructif... au moins ça nous aura éclairé sur l’état de la dérive policière et fasciste de la macronie car c’est un fait, une telle situation était inédite : jamais des flic n’avaient tenté de rentrer comme ça dans la maison des syndicats.

Mais la vraie question est pourquoi étaient ils là ? Et bien tout simplement parce que la CFDT, le premier syndicat de France, les avaient appelés pour venir faire le ménage car vous comprenez il devait y avoir trop de bruit dans leur chapelle syndicale.

Résultat des course on s’en va, on passe par la Place Wilson, là des copains GJ très motivés tiennent une soupe depuis maintenant quelques semaines pour réchauffer les coeurs après la manif du samedi. Dévoués et toujours motivés ils avaient installé leurs marmites aujourd’hui aussi. Il y a un peu moins de cent personne, on prend un verre et on s’en va, ça fait 12h qu’on est dehors, il fait froid.

Bilan global : beaucoup de motivation, beau cortège, toujours de l’entrain et des gens bien chauds, mais rien à attendre des syndicats clairement, et l’état des libertés est de plus en plus critique : les flics sont bel et bien les maîtres en villes, montrer patte blanche face à eux est devenu obligatoire pour ne pas risquer gros, très gros. Alors on lâche rien, toutes et tous ensembles, au-delà des foutues divisions institutionnelles, luttons contre le gouvernement suppôt du grand patronat et contre la bêtise humaine qui sclérose toutes tentative d’éveil collectif : pour la révolution prolétarienne ! vive la lutte, vive les Gilets, jaunes, rouges ou noirs et continuons la grève ! Non pas au nom d’une étiquette mais au nom d’une idée, celle de mettre à mal le système économique libéral capitaliste !







Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

La violence faite au peuple

Nous sommes les citoyens, nous sommes le peuple, nous sommes la politique.